Partager l'article ! A Bordeaux, le carbone est vert...: Dans la droite lignée d'Evento, le Conseil Régional d'Aquitaine, le Conseil Général de Gironde, la ville ...
Dans la droite lignée d'Evento, le Conseil Régional d'Aquitaine, le Conseil Général de Gironde, la ville de Bordeaux, l'Ademe et quelques autres partenaires vont inaugurer en grandes
pompes, une exposition sur les quais de Bordeaux intitulée Vert Carbone, et qui durera une dizaine de jours à compter du 23 janvier 2010.
Cette exposition, qui a lieu un an après la tempête Klaus, consistera en l'installation d'un alignement de 200 cubes de bois de taille variable, colorés en vert selon un dégradé du plus bel
effet, et signés par des artistes locaux. Sur chacun des cubes figurera la phrase magique et constituant le leitmotiv de cette manifestation : 1m3 de bois capte 1 tonne de
CO2.
Comme je suis un râleur et que j'aime voir les choses par le tout petit bout de la lorgnette, cet évènement m'inspire deux ou trois réflexions :
La première, c'est que cette exposition constitue une formidable occasion pour tous les artistes locaux de se faire connaitre, étouffés qu'ils ont dû être par le rouleau compresseur Evento, monstrueuse pompe à finances publiques et rente viagère pour riches artistes introduits et
subventionnés par les collectivités territoriales. Et ça, c'est plutôt bien.

Mais j'avais surtout envie de revenir sur le fameux slogan...
Si on ne peut pas contester le fait qu'un mètre cube de bois stocke effectivement à peu près la tonne de CO2 qui a servit à le créer lorsqu'il était encore un arbre, il ne faut
pas croire que chacun des cubes présents sur les quais bordelais aura évité sa tonne de dioxyde de carbone à notre atmosphère.
En effet, je m'interroge sur les émissions de gaz carbonique qui ont déjà résulté de l'exploitation mécanique de la forêt, du transport, de l'usinage et de la coloration du bois, fusse
t-elle verte... De même, je m'interroge sur les émissions de CO2 qui vont résulter de toute l'agitation médiatico-artistico-politicarde de cette exposition... Enfin, je suis
vraiment perplexe devant le côté éphémère des objets ainsi exhibés, l'exposition ne durant que quelques jours... Et si d'aventure, ces jolis cubes étaient détruits, ou pire, incinérés au
terme de la manifestation, la petite tonne de CO2 qu'ils renferment chacun se retrouverait illico dans l'atmosphère, ce qui, vous en conviendrez, serait plutôt dommage...
Enfin, et ce n'est pas là le moins important, si la préservation de notre planète et de notre environnement passe bien par un développement durable et raisonné, l'art, lui aussi, tout
comme chacune des activités humaines, doit adopter cette démarche. Et en l'occurrence, c'est bien le côté éphémère qui m'interroge...
Alors si j'avais un souhait à formuler, c'est que chacun des artistes signataires des cubes susurre doucement à l'oreille des initiateurs de cette exposition, qu'à l'avenir, plutôt que de
donner dans l'esbroufe et le spectaculaire un brin racoleur et surfant sur la vague du politiquement correct, ils imaginent des manifestations au bilan carbone sinon neutre, du moins très
mesuré... Et qu'ils veillent surtout à ne pas être instrumentalisés par des intérêts industriels qui n'ont que peu de rapport avec l'art.
Car ne soyons pas naïfs, derrière cette petite sauterie, il y a tout le lobby de la filière sylvicole. Que Alain Rousset et son Conseil Régional soutient à bout de bras. Et qui a bien envie
de fourguer son bois, issus des forêts artificielles de pins, plantées au détriment de toutes les autres espèces. Une plus grande mixité aurait certainement atténué les effets de Klaus. La nature
en l'occurrence, a bel et bien rappellé à l'ordre ces imprudents prétentieux et cupides... Mais le pin est tellement plus rentable... Filière qui, au lendemain de la tempête a arrosé son
bois nuit et jour, avec des milliards de mètres cubes d'eau puisés dans l'Eocène, une nappe très ancienne datant de l'époque éponyme, il y a environ 40 millions d'années, et que nous devrions
absolument réserver à l'alimentation. Car dans la préservation de notre environnement, il n'y a pas que les rejets de carbone, il y a aussi l'eau qui, ne l'oublions pas, fait défaut à une
personne sur six sur notre belle planète... Pour revenir à ce fameux CO2, je vous ferai grâce de l'énergie dépensée pour sécher le bois stocké sous aspersion d'eau...
Alors si on déduit tout cela de la tonne de CO2 contenue dans ces jolis petits cubes, m'est avis qu'il ne doit plus rester grand chose...

Vous m'aurez sûrement trouvé assez dur dans mon propos, voire sur certains points, carrément excessif...
Peut-être...
Mais alors qu'il ne se passe pas un jour sans que nous soyons culpabilisés par notre comportement trop ceci ou pas assez cela vis à vis de l'environnement, alors qu'on nous promet une taxe
carbone pendant que notre président fait le tour du monde pour présenter ses voeux, alors que chaque matin, on coupe l'eau pendant qu'on se lave les dents, qu'on recycle soigneusement tous
nos déchets, alors qu'on boit du soda éventé parce qu'une grande bouteille c'est moins polluant que dix petites cannettes, alors qu'on achète une voiture avec un filtre à particules qui la met en
panne une fois par mois et dont on risque à chaque instant de casser le moteur, alors qu'on se fait rincer par la pluie en allant bosser parce qu'on prend le vélo au lieu de l'auto, alors
qu'on attrape des allergies cutanées à cause des pulls chinois qu'on est obligés d'enfiler parce qu'on a baissé le chauffage, et que durant ce temps là, les lumières des commerces en
centre ville brûlent toute la nuit pour rien, alors qu'on rêve devant les maisons à énergie passive qu'on ne pourra jamais se payer et qu'on tombe à la renverse face à nos factures d'eau, de gaz
et d'électricité, il y a des trucs qui finissent par énerver un tout petit peu...
Cela dit, n'hésitez pas à aller découvrir ces artistes, ils le méritent bien.

Et pour illustrer cet article un peu provocateur, une chanson du plus génial et talentueux provocateur...
Quelque chose à déclarer ?