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Il n'est pas de nation aujourd'hui qui ne réfléchisse à un contrôle du réseau Internet sur son territoire.
Internet effraie, Internet fait peur. Il fait peur aux parents, lorsqu'on évoque le pire comme la pédophilie. Il fait peur à nos politiques qui voient là un média incontrôlable, capable de mobiliser les foules et qui peut même contribuer à renverser des pouvoirs... Et les récentes révélations de Julian Assange et de son site WikiLeaks, ajoutées aux évènements en Afrique du nord ont ravivé la flamme du feu de la censure...
Lorsque qu'on parle de filtrage ou de censure d'Internet, tout le monde pense à la Chine et à son Internet...bridé...!!! Plus sérieusement, le Bouclier Doré, c'est le nom du système de filtrage vendu par la compagnie américaine Cisco, bloque l'accès des internautes chinois à une multitude de sites qui vont de Wikipédia à WikiLeaks en passant par YouTube, Amnesty International etc... Indépendamment du blocage de toute une liste noire de sites, certains mots sont rejetés lors des recherches en ligne comme tout ce qui a trait au Tibet.
Plus occidentale et bénéficiant d'une image beaucoup plus libérale auprès du public, l'Australie s'apprête pourtant à mettre en place un système de filtrage d'Internet extrêmement coercitif, puisqu'outre l'éternelle pédophilie, ce pays s'apprête à censurer massivement pratiquement tous les sites à caractère sexuel. Si je parle de "l'éternelle pédophilie", ce n'est pas du tout pour minimiser ce fléau, mais plutôt pour mettre l'accent sur le fait que cette grave déviance est utilisée comme prétexte par de nombreux pays, y compris le nôtre, pour exercer à la fois une censure et une surveillance de tout ce qui se passe sur Internet. Et on va le voir plus loin, l'efficacité d'une telle mesure est quasi nulle, et va même probablement encore aggraver le phénomène...
Chez nous, en France, c'est la loi LOPPSI ( Loi d'Orientation et de Programmation sur la Performance de la Sécurité Intérieure ) , dont rien que le nom fait déjà froid dans le dos, qui va opérer une coupe réglée sur l'Internet.
Son but affiché est d'organiser le filtrage du web sur notre territoire national, et d'interdire l'accès aux sites de jeu en ligne non homologués, aux sites pédopornographiques ou violents, ou encore ceux qui contiendraient des propos diffamatoires ( vont-ils me couper le sifflet ? ) ou des atteintes aux droits d'auteurs.
Le simple fait de mettre dans le même sac, les sites pédophiles, les systèmes Peer To Peer, et les sites de jeux illégaux donne déjà la mesure de ce que notre gouvernement va mettre en place... Car ces trois problèmes n'ont absolument rien à voir. Pour l'instant...
Aujourd'hui, le filtrage est absolument inefficace. J'en veux pour preuve les chinois, toujours eux, qui par millions, surfent librement en contournant le filtre le plus sophistiqué et le plus hermétique qui existe sur la planète. Un simple abonnement à un VPN ( Virtual Private Network ) auprès d'un fournisseur situé dans un pays plus libéral que le leur, leur permettant de contourner la rigueur de leur législation... De plus, comme tout système de filtrage, les dispositifs existant actuellement sont loin d'être parfaits. Des essais ont montré qu'ils "oubliaient" de filtrer de 3 à 15 % de sites qui auraient du l'être, et par contre, bloquaient plus de 5 % d'adresses sans raison.
Mais revenons un instant sur la pédophilie sur Internet. Car l'étude de ce fléau, et la manière dont il a pu croitre en toute impunité est très riche d'enseignements.
Tout d'abord, sans minimiser l'importance du phénomène, on estime de façon assez sûre le montant du chiffre d'affaire de la pédopornographie à environ 20 millions de dollars. A comparer aux 4 milliards de dollars de la pornographie "classique" sur le seul territoire américain... La petite taille relative de cette activité, si elle peut rassurer, ne doit pas non plus faire oublier que cette somme d'argent permet tout de même de financer l'innovation technologique nécessaire à sa survie. Plus inquiétant, les statistiques de fréquentation d'un site pédopornographique en 2001, montrent que celui-ci a reçu environ 6,5 millions de visiteurs uniques par jour, soit une fréquentation de 15 millions de visiteurs par mois. Le problème, on l'aura compris, c'est que ces 15 millions de visiteurs ne sont pas tous arrivés là par hasard... Un chiffre d'affaire donc, comparativement modeste, mais néanmoins non négligeable, et surtout, une clientèle potentielle énorme. Ces chiffres posés, il convient de faire un peu d'histoire.
Un des phénomènes à l'origine de la pédopornographie sur Internet, c'est la prohibition de la pornographie classique en Russie et dans pas mal de pays avoisinants. Et à l'image de la prohibition de l'alcool aux Etat Unis, l'interdiction totale a entrainé la naissance d'un réseau de distribution illégal. Dans le vaste domaine de ce qui est interdit, la différence entre ce qui est un peu illégal et ce qui est extrêmement illégal est alors devenue floue, permettant ainsi l'émergence d'un commerce écoeurant. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que depuis toujours, et ce à travers le monde entier, le commerce de la pornographie a toujours été très en avance sur tous les autres. Précurseur dans le système de contenu payant, dans le marketing viral, dans le spam, dans l'utilisation des réseaux Peer To Peer pour rabattre les pirates vers des offres payantes, les méthodes des pornocrates ont toutes été largement reprises par le commerce traditionnel, souvent sans savoir d'où venaient ces "brillantes" innovations commerciales ou technologiques...
Ce qu'il faut savoir aussi, et qui est assez consternant, c'est que ces "services" en ligne étaient payés via des sites de paiement en ligne très officiels tels que CCBill, Visa, Mastercard, qui ne se souciaient pas vraiment de ce qui était acheté... Comme quoi, tant que l'argent circule, les banques ferment les yeux. Imaginez un peu les sommes colossales qui circulent du fait du trafic de drogue, et vous aurez une idée du peu de scrupules que peut avoir un banquier...
Aujourd'hui, tous les sites, souvent hébergés aux Etats Unis en raison de leur coûts peu élevés, ont disparu, et cette époque est révolue, les réseaux ayant été démantelés entre 2000 et 2004.
A présent, il est quasiment impossible de tomber sur un site pédophile sur Internet. En tous cas, par hasard. A l'heure où tous les pays parlent de filtrage, il est déjà trop tard. En effet, plus question d'héberger un tel contenu, quel que soit la localisation des serveurs. La technologie a évolué. Alors de Trojans en virus et autres logiciels d'intrusion, c'est tout un réseau d'ordinateurs "zombie", peut-être le vôtre, qui abritent une petite partie de contenu, à l'insu des utilisateurs. A la manière du réseau Freenet ( Rien à voir avec Free, le fournisseur d'accès français. Freenet est un réseau qui utilise Internet de façon totalement différente. L'ensemble des données est réparti sur l'ensemble des ordinateurs composant le réseau, de façon anonyme et cryptée. Freenet est par définition infiltrable ) . Plus simple encore, et là, ceux qui connaissent un peu le fonctionnement d'un réseau d'entreprise comprendront tout de suite, il est possible de prendre la main à distance sur n'importe quel ordinateur connecté à Internet. Le client n'a plus alors qu'à payer et le fournisseur lui mettra à disposition une machine, à distance, contenant sur son disque dur tout ce qu'il faut. Aucun fichier ne circule, seules les informations liées à l'image à l'écran et aux actions sur les commandes du clavier transiteront par le réseau, qui plus est, cryptées. Indétectable, infiltrable, imparable.
On l'aura compris, vouloir filtrer Internet, c'est exactement comme si on voulait se protéger de la violence du monde en portant des lunettes noires. Cela n'empêche rien, mais cela permet aussi de ne rien voir...
A suivre... Le filtrage d'Internet : Illusion ou censure ? (2)
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