De tout et de rien, des mots, des images, je n'ose pas dire des idées.....
Le petit Nico prônait, il y a quelques semaines, le retour de l’enseignement de la morale dans les collèges. J’avoue que, sans être un fervent partisan de ce genre de leçons, je pense que dans la société dans laquelle nous vivons, où l’on peut constater tous les jours que les principes fondamentaux sont bafoués, ce genre d’initiative ne peut pas faire de mal.
Encore faudrait-il nous entendre sur ce que l’on peut appeler morale.
La morale, c’est, de façon très sommaire, la distinction entre le bien et le mal. C’est aussi tout ce qui constitue les valeurs fondamentales d’une société.
Dans les années 70, Lawrence Kohlberg a mis en évidence l’évolution de cette notion de morale, dans l’esprit des personnes en fonction de leur âge, de leur éducation, de leur culture.
A partir d’expériences, au cours desquelles il soumettait ses sujets à différents dilemmes, il a établit une classification très intéressante. Cette classification comprend six stades, qui correspondent à autant d’étapes dans l’acquisition d’une certaine maturité morale.
On peut trouver cette classification perfectible. Elle a en tous cas le mérite d’aider à comprendre cette évolution au fil de l’âge, et permet aussi de mieux comprendre nos enfants, qui parfois nous surprennent dans ce domaine…
Ces étapes représentent une progression. Elles sont franchies nécessairement dans l'ordre indiqué. Les enfants sont aux stades pré-conventionnels 1 et 2, les adultes aux stades conventionnels 3 et 4. On estime que seuls 20 à 25% des adultes atteindront les stades post-conventionnels 5 et 6. Quand au stade 7, assez discuté, il relève plutôt du domaine de la philosophie. Bienheureux ceux qui l'atteignent, ou du moins qui se posent la question...
MORALE PRÉ-CONVENTIONNELLE
À ce niveau, l'enfant répond aux règles culturelles du bon et du mauvais, mais il applique ces étiquettes en fonction des conséquences physiques ou personnelles de l'action (punition, récompense), ou encore selon le pouvoir de coercition physique de ceux qui énoncent ou font respecter ces règles.
Stade 1 Punition/Récompense.
L'individu est soumis à l'autorité. La loi du plus fort, loi de la jungle. Obéissance et punition : l'enfant s'incline devant la position hiérarchique et le pouvoir des parents. Les conséquences physiques d'une action déterminent ici sa bonté ou sa malice, sans égard à la signification ou à la valeur humaine de ses conséquences.
Stade 2 Donnant/Donnant.
Égocentrisme. Moi, moi et moi. Mais aussi la Loi du Talion ("oeil pour oeil, dent pour dent"). Effort pour un résultat : l'enfant s'incline devant une loi ou rend un service seulement s'il a l'impression qu'il en retirera un bénéfice en retour. La bonne action est ici celle qui peut satisfaire les besoins personnels, et occasionnellement, les besoins des autres. Les relations sont considérées comme les relations strictement commerciales : c'est du donnant/donnant.
MORALE CONVENTIONNELLE
À ce niveau, l'action qui satisfait aux attentes de la famille, du groupe ou de la nation, est perçue comme valable en soi, indépendamment de ses autres conséquences. L'attitude morale comporte ici non seulement une conformité aux attentes de l'entourage et de l'ordre social, mais aussi une loyauté envers ces derniers, doublée d'une volonté de maintenir, supporter et justifier l'ordre social, et d'identifier ses vues avec celles des personnes physiques ou morales qui le composent.
Stade 3 Bonne concordance interpersonnelle.
Stade du bon petit garçon et de la gentille petite fille. Début de l'empathie. L'enfant recherche l'approbation d'autrui et se conforme pour plaire. La bonne action est ici celle qui plaît, celle qui aide les autres ou celle que les autres approuvent. Il y a, à ce stade, une forte conformité aux images stéréotypées de comportement de la majorité ou du comportement identifié comme naturel. De plus, l'action est fréquemment jugée selon les intentions qui la sous-tendent. Pour la première fois, le "il a voulu bien faire" devient important. On cherche ici à gagner l'approbation des autres en étant gentil.
Stade 4 Loi et ordre.
Prédominance du sens du devoir, du pouvoir normatif. Adhésion à des règles pour maintenir l'ordre social de sa communauté. On retrouve ici une disposition à soutenir l'autorité, les règles définies et l'ordre social. L'action bonne est celle qui consiste à accomplir son devoir, à être déférent envers l'autorité, et à maintenir l'ordre établi.
MORALE POST-CONVENTIONNELLE
Stade 5 Contrat social.
Démocratique et contractuel. Stade de la négociation individuelle et sociale, hiérarchisation des valeurs. La justice découle d'un contrat entre dirigeants et dirigés qui assure à tous des droits égaux. À ce stade, la bonne action est définie surtout en termes de droits individuels ou selon des critères examinés de façon critique et admis par l'ensemble d'une société. On reconnaît à ce stade le relatif des opinions personnelles. L'accent est souvent mis sur les règles de procédures capables de favoriser un consensus véritable. Sauf pour ce qui est constitutionnellement et démocratiquement admis, le "bien" relève des valeurs personnelles. Les ententes libres et les contrats honnêtes constituent la substance de l'obligation morale.
Stade 6 Justice et principes éthiques.
Stade de l'empathie parfaite fondée sur l'inter-personnalité et les principes de la dignité humaine. L'individu se comporte selon des principes éthiques qui sont à la fois logiques, universels et cohérents, qui lui paraissent devoir s'appliquer quelle que soit sa situation personnelle dans la société. Le bien est ici défini selon la décision de la conscience individuelle éclairée, appliquant à une situation concrète des principes éthiques. Ces principes seront choisis en fonction de leur pertinence, cohérence, globalité et universalité.
Stade 7 Mystique.
Pourquoi être moral ?
A suivre, les dilemmes…
Musique : Solsbury Hill - Peter Gabriel