Ca y est, je l'ai vu !!! Ce film autant décrié que primé... Cette docu-fiction palmée... Cette réalité fictive qui énerve et séduit tout à la fois...
Si j'ajoute que ça se passe entre des murs, vous avez d'ores et déjà deviné de quel film il s'agit !!!
Je ne vais pas vous résumer l'histoire, puisqu'il n'y en a pas, ou si peu. C'est plutôt ce qu'il conviendrait d'appeler une tranche de vie, sensée s'écouler le temps d'une année scolaire, dans
une classe de quatrième, en zone d'éducation prioritaire. Le film est tiré du roman de François Bégaudeau, film dont il est également coscénariste avec Laurent Cantet, et acteur
principal.
Je ne vais pas me livrer à une critique en règle, mais plutôt vous livrer les réflexions que m'a inspiré cette séance, sachant que je n'ai pas vu passer les 2h10 du film, moi qui
généralement, commence à m'impatienter au delà de 90 minutes...

Tout en ayant à l'esprit qu'il s'agit bien d'une fiction, le fait que le tournage se soit fait avec des jeunes issus de l'endroit même où l'action se déroule, c'est à dire un quartier
difficile, et que François Bégaudeau ait réellement exercé le métier de professeur, me laissent à penser qu'on ne doit pas être très éloigné de la réalité. Celle-ci pouvant être plus
violente ou au contraire plus soft, selon l'endroit où l'on sera... De plus, Bégaudeau ayant certaines idées, plutôt progressistes, sur l'enseignement et l'éducation, on se doute qu'il va
tenter de les faire passer à l'écran...
Première réflexion, je n'aurais pas aimé être prof... Et je n'en aurai certainement pas eu le courage... Comment garder son sang froid dans certaines situations ? J'en aurai été bien incapable,
et la scène des "pétasses" aurait été mon quotidien !!! Je crois que pour faire ce métier, il faut avoir la vocation. Une vraie vocation. Sinon, point de salut. Et il faut vraiment aimer et
chercher à comprendre les gosses pour supporter tout ça...

Ensuite, et toujours un peu dans le même registre, si j'aime les idées plutôt progressistes et anticonformistes en matière d'enseignement, notre ami François m'a semblé parfois un peu mou et un
peu d'autorité n'aurait sûrement pas fait de mal... Le principal aussi m'a semblé bien gentil, en tous cas bien plus que ceux auxquels j'ai eu affaire, leur autorité étant...une force
de dissuasion incontestable... Mais c'était il y a 30 ans...
Voir le comportement de ces jeunes, qui ne savent pas ce qu'est le respect de l'autre, qui n'ont visiblement que peu de valeurs communes avec les adultes, m'ont fait me féliciter, dans un
premier temps d'avoir reçu ces valeurs de mes parents, et dans un second, d'avoir à peu près su les transmettre à mon fils. D'ailleurs, celui-ci, a lui-même été interpellé par le
comportement des ados du film, ce qui m'a plutôt fait plaisir...
Et puis constater à quel point ces élèves sont largués, visiblement depuis déjà plusieurs années, m'a consterné. Ce n'est pas d'un prof dont ils ont besoin, mais d'un éducateur. Notre système
éducatif est parfait si l'élève rentre à peu près dans le moule. Si en plus, il a la chance d'avoir un parent ou un grand-parent enseignant, alors là, il aura toutes les chances de réussir
son cursus. Par contre, dans le cas contraire, l'échec ne pourra être évité qu'au prix d'efforts considérables. Et dans le cas des gosses peu favorisés, ces efforts devront être encore
plus importants. Quant aux enfants issus d'un milieu vraiment défavorisé, ceux-là sont sacrifiés dès le départ...

Mais au delà du système éducatif, ce qui est flagrant, je crois, c'est l'absence des parents, et leur total renoncement face à des enfants toujours plus en quête d'émancipation. En tous cas,
c'est un des aspects les plus évidents du film... Les profs doivent parfois se sentir bien seuls... Mais à contrario, les parents se sentent trop souvent exclus d'un système bien trop hermétique,
et nous revenons alors à mon argument précédent : Comment décoder un langage qui n'est compris que par les profs...? Ayant été parent d'élève élu durant 2 ou 3 ans, puis ayant par la
suite siégé à la commission éducation à Saint Louis en tant qu'élu municipal, j'ai assisté à de multiples Conseils d'école. Et le dialogue n'était jamais simple. Bien au contraire. Pour parler
d'éducation, on DOIT être prof, sinon, on la boucle... Pourtant, ceux-ci confessent volontiers leur total manque de formation en matière de pédagogie...
Alors on peut aimer le film, ou au contraire rester sceptique à son encontre. On peut y croire ou au contraire trouver le trait un peu forcé ou pas assez appuyé. Mais le film a au moins un mérite
: Montrer l'inadéquation du système éducatif à une certaine population d'élèves. Qui va grandissante... Sachant que l'Education Nationale connait depuis longtemps ces limites. Reste à
trouver les solutions pour y remédier. Elles existent. Certains collèges expérimentaux ont des résultats absolument étonnants. Encore faut-il avoir la volonté de les mettre en oeuvre... Il semble
qu'aujourd'hui, malgré la preuve sur le terrain du bien-fondé de ces méthodes, l'extention de leur application soit freinée par une administration frileuse et bien trop arc-boutée sur des idées
obsolètes.
Les temps ont changé. Les jeunes aussi. Qu'on s'en félicite ou pas, il faut l'admettre. Et l'école doit s'adapter. Sans pour autant tout jeter aux orties.
Le mammouth n'a pas besoin d'être dégraissé, mais il a besoin d'une sérieuse cure de rajeunissement...
Et quand je dis cela, je ne vise pas ceux qui sont dans les classes mais plutôt ceux qui, du haut de leur confortable petit bureau au sein des Rectorats, Ministères et autres
Inspections Académiques, ont oublié que la finalité de leur administration était d'éduquer et d'enseigner à des élèves...
Mais il semble qu'ils n'en aient pas vu depuis très très longtemps...
D'ailleurs, en ont-ils jamais vu un seul ?
Entre Les Murs
Un film de Laurent Cantet
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