De tout et de rien, des mots, des images, je n'ose pas dire des idées.....
Je vous livre le compte rendu d'un évènement survenu il y a quelques jours dans un lycée.
Par souci d'honnêteté, je mets en perspective le récit du professeur et les arguments des différents protagonistes de cette affaire...
Récit de Patrick Poumirau, professeur témoin des faits -
Mercredi 19 novembre 2008
Lundi 17 novembre 2008,
10h. 30, Ecole des Métiers du Gers.
Descente musclée de la gendarmerie dans les classes.
Je fais cours quand, tout à coup, sans prévenir, font irruption dans le lieu clos de mon travail, quatre gendarmes décidés, accompagnés d’un maître-chien affublé de son animal. Personne ne dit bonjour, personne ne se présente. Sans préambule, le chien est lancé à travers la classe. Les élèves sont extrêmement surpris. Je pose des questions aux intrus, demande comment une telle démarche en ce lieu est possible. On ne me répond pas, j’insiste, on me fait comprendre qu’il vaut mieux que je me taise. Les jeunes sont choqués, l’ambiance est lourde, menaçante, j’ouvre une fenêtre qu’un gendarme, sans rien dire, referme immédiatement, péremptoirement.
Le chien court partout, mord le sac d’un jeune à qui l’on demande de sortir, le chien bave sur les jambes d’un autre terrorisé, sur des casquettes, sur des vêtements. La bête semble détecter un produit suspect dans une poche, et là encore on demande à l’élève de sortir. Je veux intervenir une nouvelle fois, on m’impose le silence. Des sacs sont vidés dans le couloir, on fait ouvrir les portefeuilles, des allusions d’une ironie douteuse fusent.
Ces intrusions auront lieu dans plus de dix classes et dureront plus d’une heure. Une trentaine d’élèves suspects sont envoyés dans une salle pour compléter la fouille. Certains sont obligés de se déchausser et d’enlever leurs chaussettes, l’un d’eux se retrouve en caleçon. Parmi les jeunes, il y a des mineurs.
Dans une classe de BTS, le chien fait voler un sac, l’élève en ressort un ordinateur endommagé, on lui dit en riant qu’il peut toujours porter plainte. Ailleurs (atelier de menuiserie-charpente), on aligne les élèves devant le tableau. Aux dires des jeunes et du prof, le maître-chien lance : « Si vous bougez, il vous bouffe une artère et vous vous retrouvez à l’hosto ! »
Il y a des allées et venues incessantes dans les couloirs, une grande agitation, je vois un gendarme en poste devant les classes. J’apprendrais par la suite qu’aucun évènement particulier dans l’établissement ne justifiait une telle descente.
La stupeur, l’effroi ont gagné les élèves. On leur dira le lendemain, dans les jours qui suivent qu’ils dramatisent. Ils m’interrogent une fois la troupe partie, je ne sais que dire, je reste sans voix. Aucune explication de la direction pour le moins très complaisante. Je comprends comment des gens ont pu jadis se laisser rafler et conduire à l’abattoir sans réagir : l’effet surprise laisse sans voix, l’effet surprise, indispensable pour mener à bien une action efficace, scie les jambes.
Ensuite, dans la journée, je m’étonne de ne lire l’indignation que sur le visage de quelques collègues. On se sent un peu seul au bout du compte. Certains ont même trouvé l’intervention normale, d’autres souhaitable.
Je me dis qu’en 50 ans (dont 20 comme prof), je n’ai jamais vu ça. Que les choses empirent ces derniers temps, que des territoires jusque là protégés subissent l’assaut d’une idéologie dure.
Ce qui m’a frappé, au-delà de l’aspect légal ou illégal de la démarche, c’est l’attitude des gendarmes : impolis, désagréables, menaçants, ironiques, agressifs, méprisants, sortant d’une classe de BTS froid-climatisation en disant : « Salut les filles ! » alors que, bien sûr il n’y a que des garçons, les félicitant d’avoir bien « caché leur came et abusé leur chien ». A vrai dire des marlous, de vrais durs n’auraient pas agi autrement. C’est en France, dans une école, en 2008. Je me dis que ces gens-là, les gendarmes, devraient accompagner les gens, les soutenir, qu’ils devraient être des guides lucides et conscients. Au lieu de ça, investis d’un drôle de pouvoir, ils débarquent, on dirait des cow-boys, et terrorisent les jeunes.
Les explications de la gendarmerie
Le
colonel Le Droff, commandant du groupement de gendarmerie du Gers estime dans un communiqué diffusé hier que ses hommes, qui ont agi dans le cadre strict d'une procédure légale et en partenariat
avec la direction de l'établissement, n'ont pas failli à leur mission. «Tout au long de ce contrôle, les deux équipes cynophiles et les 14 militaires, répartis en deux équipes, sont constamment
accompagnées par le directeur de l'établissement et son adjoint. Ces derniers n'ont rien remarqué de particulièrement choquant dans le comportement des militaires et les ont félicité pour leur
professionnalisme» écrit-il, rappelant ensuite le détail d'une procédure qui a été « bien maîtrisée et dans le strict respect de la personne».
«Tout d'abord, explique le colonel, le représentant de l'établissement entre en premier dans la classe. Le maître de chien explique aux élèves la manière dont le contrôle va se dérouler et afin d'éviter tout incident, il précise les consignes de sécurité, qui ont été, pour certains, mal interprétées. Ensuite, le chien parcourt la classe et en cas de marquage, l'élève est invité à sortir avec ses affaires afin d'être fouillé. Il est vrai qu'un sac, dans lequel il y avait un ordinateur, a été marqué par un coup de dent. En cas de marquage du chien, l'élève quitte la classe. Dans le couloir ou une autre salle, les militaires l'invitent à sortir tout ce qu'il a dans ses poches. En aucun cas, il est demandé aux élèves de se déshabiller systématiquement, précise-t-il. Quand le chien marque la personne elle même, une palpation est faite pour s'assurer du contenu des poches, ou tout autre endroit où peut être dissimulé des matières stupéfiantes.»
«Sur les 274 personnes contrôlées, 6 d'entre elles étaient porteurs de produits stupéfiants pour un total d'une quarantaine de grammes de cannabis dont un détenait à lui seul 32 grammes» précise le colonel Le Droff. «Ces opérations sont destinées à protéger nos enfants contre un fléau dont le département du Gers n'est malheureusement pas épargné» écrit-il en conclusion.
Les élèves partagés
Les élèves de l'école
des Métiers n'ont pas tous réagi de la même façon pendant le contrôle des gendarmes et après leur départ, lundi. Petit débat entre les 2e année du CAP électricité et leurs copains en CAP
mécanique : « J'ai été dans un collège, à Masseube, où il y avait déjà pas mal de contrôle de police. Donc, je n'ai pas été choqué », avoue Vincent. « Ouais, mais quand même. Le mec, il nous dit
''vous mettez les mains sur les tables, vous bougez pas et surtout vous regardez pas le chien dans les yeux pour pas vous faire mordre'' avec un ton agressif, c'est pas normal », tempête Florian.
La fouille poussée subie par certains en agace aussi plus d'un, à l'instar de Benoît qui ne comprend pas pourquoi un copain de sa classe s'est retrouvé « en calbut parce que le chien avait flairé
un billet de 5 € suspect ».
« On est pas contre l'intervention, tempère Loïc. D'ailleurs, on nous avait dit qu'il pourrait y en avoir en début d'année. Mais c'est la manière dont ça a été fait qui va pas. » Côme dénonce des « blagues ironiques » de certains gendarmes. Son voisin se demande naïvement pourquoi ils n'ont pas été prévenus : « on aurait été moins surpris ». Mais en l'occurrence, le directeur avait préféré rester discret. Seules trois personnes à la direction et la secrétaire générale de la Chambre de métiers étaient au courant de l'opération. « Justement, on l'a fait dans les classes pour éviter que le téléphone marche. » Mais il se félicite des prises somme toute restreintes. Preuve que la prévention est efficace.
Le directeur du CFA assume
Bernard Vilotte,
le directeur de l'école des Métiers, confirme que c'est bien lui qui a demandé cette opération de contrôle qu'il a d'ailleurs préparée avec les gendarmes quinze jours avant : « L'objectif était
de poursuivre la prévention faite dans le cadre de la semaine d'accueil sur les risques liés à l'alcool et à la drogue, sachant que ça a un effet boule-de-neige. Ils savent qu'il faut faire
attention. Après, c'est vrai qu'il y a une partie qu'on maîtrise pas. Les gendarmes appliquent leur procédure. On peut être d'accord ou pas sur la méthode. Mais sur le fond, on se doit de
protéger les élèves. »
Le nez fin des chiens renifleurs
Quentin a
dû sortir de classe accompagné d'un gendarme lundi. Un chien policier avait reniflé une odeur suspecte sur son sac. Et comme un certain nombre d'élèves, il est ressorti du court interrogatoire
sans être inquiété. « Franchement, c'est impossible qu'ils aient senti quelque chose ; je ne fume pas et je bois pas », s'interroge encore le jeune homme. Une sincérité affichée qui n'est pas
forcément suspecte au regard de la procureure. « Effectivement, ces chiens ont un odorat très sensible et l'odeur des stupéfiants est communicative. On en a déjà trouvé cachés dans la roue d'un
bus scolaire. Et le chien avait aussi marqué le sac posé dessus. »
Philippe Martin, député du Gers réagit:
« Ce qui me soucie en premier lieu, et même si les quantités sont finalement faibles au regard de la population concernée, c'est que des jeunes en formation puissent introduire dans leur établissement des substances illicites, au risque de jeter l'opprobre sur tous leurs camarades. Ce qui m'interroge, s'agissant d'un établissement d'enseignement, c'est que ses responsables aient pu donner le sentiment qu'ils étaient arrivés au terme de leur capacité de prévention interne, au point de s'en remettre à une intervention légale, mais extérieure. Ce qui m'attriste, même si ça n'était pas le but recherché, c'est que de jeunes apprentis, souvent issus de milieux populaires, soient ainsi montrés du doigt alors que dans ce Pays tant d'autres, plus fortunés semblent parfois à l'écart de ce genre d'événement. Ce qui m'étonne, au regard du résultat, c'est l'importance des moyens mobilisés et le mode opératoire qui ont pu laisser penser à nos jeunes apprentis et à leurs familles que le CFA de Pavie était devenu un repaire de narcotrafiquants. Ce qui me préoccupe, c'est que ces jeunes puissent ne retenir que cet aspect des choses. Qu'ils puissent en nourrir une forme du ressentiment à l'égard de fonctionnaires de gendarmerie qui sont par ailleurs confrontés quotidiennement à des situations dangereuses et parfois même mortelles dans la lutte qu'ils mènent, en notre nom à tous, contre ces fléaux que constituent la drogue et son trafic. Ce que je souhaite surtout, c'est que des représentants de l'autorité publique viennent le plus rapidement possible au CFA de Pavie pour rencontrer ces jeunes, leur expliquer le sens des événements qu'ils ont vécus, et ainsi mieux les sensibiliser à un combat qui est celui de tous les responsables publics, de tous les enseignants, de toutes les familles, et finalement de tous les citoyens.»
Source : La Dépêche.
Pas d'angélisme dans ma démarche.
La police, la gendarmerie doivent lutter contre les trafics en tous genres dont nos enfants sont les premières victimes. Ils se doivent d'être intraitables avec les dealers. Cela étant, ils ne doivent pas employer des méthodes d'un autre âge, des méthodes qui ne sont pas sans rappeler de sombres évènements d'un passé pas si lointain...
De plus, comme le précise Philippe Martin, je doute que de telles interventions soient menées dans les lycées du 16ème arrondissement de Paris...
Enfin et sourtout, rappelons que le fondement même de notre justice est la présomption d'innocence. Et que si nous l'oublions, nous risquons fort de ne plus être qu'un Etat totalitaire qui n'aura plus grand chose à envier à certains pays dont nous fustigions le comportement il y a peu... En l'occurence, les jeunes n'étaient coupables de rien jusqu'à preuve du contraire, et auraient dû bénéficier de certains égards, et au moins d'une certaine politesse... Ce n'est pas parce qu'ils n'ont que 16 ans qu'ils doivent être méprisés.
Si on continue avec ce genre de comportements, on risque fort d'accentuer leur rancoeur et leur incompréhension vis à vis du monde des adultes qui ne cesse de les rejeter, avec les conséquences désastreuses que l'on a déjà connu...