De tout et de rien, des mots, des images, je n'ose pas dire des idées.....
Deux personnes sans abri viennent de mourir dans la région parisienne.
Christine Boutin, ministre du Logement, qui avait suscité une polémique il y a quelques semaines en proposant l'hébergement d'office des personnes vivant dans la rue par grand froid, a
déclaré que toutes les personnes mortes dans la rue cette année, avaient auparavant refusé des offres d'hébergement.
"On ne peut pas rester les bras ballants face à cette situation"
a-t-elle déclaré sur France Info.
"Le problème est de savoir où mettre le curseur, entre la liberté individuelle des personnes sans abri, et la non-assistance à personne en danger.
Ces personnes sont quand même très fragilisées, on peut se poser la question quand elles sont sous alcool, sous drogue ou très fragiles physiquement
si elles ont la capacité de dire oui ou non à un hébergement."
Elle a ajouté :
"C'est un problème dont ne parle qu'en hiver alors que le
problème de l'errance concerne toute l'année. Il y a même plus de morts l'été. L'attention des Français doit être permanente pas seulement pendant l'hiver. Ce que je dis aux Français, c'est appeler le 115, le numéro du Samu social."
Puisque vous parlez de curseur, chère madame, permettez moi d'en évoquer un autre :
A quel endroit placez vous le curseur de la dignité de ces personnes qui vivent dans la rue ?
Accepteriez vous d'être privée d'intimité et de sécurité sous prétexte qu'il fait froid dehors ?
Accepteriez vous, Madame Boutin, de dormir entassée avec tous vos collègues du gouvernement dans une salle commune, de faire chambre commune avec Borloo, Devedjian
ou Hortefeux ?

Les sans-abris ont, comme vous, une certaine dignité et refusent de se laisser entasser d'office dans des dortoirs collectifs, et de dormir ainsi à côté de gens qu'ils ne connaissent pas. Et
cela me semble légitime.
La peur de se faire dépouiller du peu qu'il leur reste est plus grande que la peur du froid... Ce n'est pas parce qu'ils sont à la rue qu'ils sont prêts à accepter toutes les promiscuités...
Il faut créer des places d'hébergement de qualité. Des places d'hébergement qui soient dignes, tout simplement. Ni plus, ni moins.
Vous jugez bon de préciser que ce problème, dont on ne parle que l'hiver, existe toute l'année. Mais alors pourquoi des dispositifs spéciaux d'hébergement et des plans "Grand Froid" qui
disparaissent au mois de mars ? Pourquoi ne pas créer des structures pérennes ?
De plus, organiser ainsi une "chasse" aux sans-abris ne fera que les contraindre à se cacher, ce qui compliquera le travail des associations caritatives... Et si les seuls sans-abris qui
mourraient étaient ceux qui refusent un hébergement proposé, les choses seraient bien simples...
Mais au delà de ces solutions qui ne seront jamais qu'un pis-aller, il faut réinsérer ces personnes, chaque jour plus nombreuses, que la société laisse au bord de la route parce qu'elles ont
subit un accident de la vie, ou parce que leurs maigres revenus ne leur permet tout simplement plus de se loger.
Au fait, en matière de salaire, à quel endroit placez vous le curseur de la dignité, Madame Boutin ?