De tout et de rien, des mots, des images, je n'ose pas dire des idées.....
La presse, l'information et les journalistes qui la font, sont en train de vivre une mutation aussi importante que celle qu'avait créé l'avènement de la presse populaire au cours du 19ème
siècle.
En 2008, pour la première fois, Internet est passé devant la presse traditionnelle en matière de source d'information privilégiée, et même devant la télévision en ce qui concerne les moins
de 30 ans.
Mais au delà du changement de support ou de média, c'est la manière d'aborder l'information qui est en train de changer ou a déjà changé. L'offre s'étant diversifiée et élargie, le citoyen
recoupe et va chercher l'information sur plusieurs supports. De plus, Internet étant disponible à toute heure, il est plus disponible et réactif que les médias traditionnels. Enfin, on assiste à
une déprofessionnalisation de l'information, Internet permettant à chacun de relayer, de contredire, et en tous cas, de participer à la production d'information.

Ce dernier aspect est certainement le plus révolutionnaire. En effet, le citoyen n'est plus seulement consommateur mais acteur de l'information, au grand dam d'ailleurs, des journalistes
professionnels, ce qui est légitime. Ne s'improvise pas journaliste qui veut.
D'ailleurs, lors des Etats généraux de la presse, Bruno Patino, le nouveau directeur de France Culture a dressé le bilan suivant :
- Les annonceurs se retirent des médias traditionnels.
- Les médias classiques sont devenus minoritaires chez les 15-24 ans.
- Les déplacements plus nombreux expliquent le succès des médias numériques.
- La baisse des médias payants a débuté bien avant Internet
- La presse gratuite a trouvé sa clientèle.
- Il y a corrélation entre consommateur de médias écrits et "activisme" Internet.
- 60% des Français disposent d’Internet et les jeunes de 15-24 ans y consacrent environ une heure par jour.
- Google attire une publicité en volume de plus en plus grand.
Alors certes oui, les médias et les citoyens évoluent, mais il y a un phénomène sur lequel devraient s'interroger les journalistes : Leurs méthodes ont elles évolué et dans quel sens ?
Car il serait grand temps que le petit monde du journalisme professionnel, télévisuel, radiophonique et rédactionnel, s'aperçoive qu'il a considérablement "simplifié" ses méthodes de travail.
Car malheureusement, Il se rend lui aussi, coupable des travers dont il accuse Internet et ses blogueurs : La reprise en boucle de ce qui a été dit ou écrit par le petit camarade d'à côté,
le plagiat sans le moindre scrupule et l'utilisation de la démagogie la plus exacerbée et la plus racoleuse... Le tout, bien souvent sans le moindre recoupement, ou vérification,
la course de vitesse balayant bien souvent toute vélléité de précaution.
Plusieurs exemples récents illustrent cette dérive dangereuse. La mort de ce pauvre Pascal Sevran, annoncée prématurément il y a quelques mois. Et le "procès de la frite" qui a
fait la une de tous les médias lorsque une cliente qui avait glissé sur une frite avait poursuivi en justice le restaurant dans lequel l'incident avait eu lieu. Certains médias nationaux, et
non des moindres, avaient même ouvert leur édition là dessus.
Il ne s'était rien passé de plus important dans le monde ce jour là ? Il faut croire que non...!!! C'était L'INFORMATION du jour !!! Et d'une façon plus générale, la manière dont sont traités,
depuis quelques années, les conflits sociaux, au sujet desquels le sport favori des journalistes consiste à interroger les passants ou les usagers dans la rue, souvent sans même rappeler le motif
du mouvement... Démagogie, quand tu nous tiens !!!
Et lorsque l'information est erronnée, tronquée ou non hiérarchisée, il me semble évident que le journaliste n'a pas fait son travail.
Pire encore, lorsque des journalistes professionnels se font le relais des "buzz" du web, ou quand ce même Internet devient leur unique source d'information... Ce qui signifie en d'autres termes
que dans ce cas, le journaliste ne fait que lire les commentaires de gens sur les informations qu'ils ont vu à la télé, dans la presse ou sur internet... Au mieux, on tourne en rond, et au
pire, on transforme des commentaires plus ou moins éclairés en information...!!!
Parce que si l'information télévisuelle laisse souvent à désirer, celle qu'on trouve sur Internet doit toujours être vérifiée, ce qui est souvent délicat, et utilisée avec les plus grandes
précaustions...
Mais vous me direz qu'il y a aussi les dépêches de l'AFP. Mais là encore, où est le travail du journaliste s'il se contente de les retranscrire sans vérification, analyse ou explications ?
Et lorsqu'après avoir repris en boucle la même information durant deux ou trois jours, l'ensemble des médias passe à autre chose sans que le lecteur, l'auditeur ou le téléspectateur n'obtienne le
fin mot de l'histoire, la frustration s'installe. Ou pire, la spéculation ou la désinformation...

Un dernier mot pour évoquer le traitement de la crise économique mondiale par les médias.
Dans les journaux, à la télévision, à la radio, on a vu défiler, comme à la parade, les mêmes Alain Minc, Elie Cohen, Alexandre Adler, Alain Duhamel, Eric Zemmour, Christophe
Barbier, Nicolas Domenech, ou encore Jacques Attali... La liste n'est pas exaustive... Ces messieurs nous ont bassiné avant, nous ont inquiété pendant et à présent nous distillent en
boucle leurs incertitudes, leurs interrogations, leurs constatations. Sauf qu'on n'a plus besoin d'eux.
Durant vingt ans, ils ont fait l'apologie d'un système économique qu'ils disaient parfait. Ils jouaient aux savants, aux gens éclairés. Rien n'était mieux à leur yeux que la mondialisation
des échanges, rien n'avait autant de valeur que le libéralisme économique... Leurs dieux s'appelaient goldens boys ou magnats de la finance, leur bible était le CAC40, et leurs églises, Wall
Street ou Brognard... Cirage de pompes ?
Aujourd'hui, on ne peut que constater avec consternation leur médiocrité et surtout déplorer l'absence d'autocritique de la part de ces soi-disant experts. Car ces observateurs, à priori
avertis, n'ont rien vu venir.
Et bien qu'ayant démontré leur incompétence, sans la moindre honte, ils continuent à afficher la même assurance et la même arrogance...
Ils devraient pourtant adopter un profil bas... Très bas même...
Force est de constater que ces pseudos experts sont au journalisme et à l'information ce que la collection Arlequin est à la littérature... Sauf qu'Arlequin, c'est de la fiction et ça peut
faire rêver...
Alors bien sûr, il y a des journalistes et des médias qui font leur travail sérieusement, avec passion et intégrité. Mais ce ne sont pas ceux qui occupent le devant de la scène. A nous, lecteurs,
auditeurs ou téléspectateurs de faire le tri entre ceux qui sont dignes de confiance et les autres...
Ca vaut la peine...