De tout et de rien, des mots, des images, je n'ose pas dire des idées.....
Je m'attaque à un sujet qui me tracasse depuis un moment déjà. Mais je ne savais pas trop sous quel angle l'aborder... Sans compter que différents reportages ou articles sur le sujet ou
sur des thèmes connexes m'ont fait revoir ma position... Tant et si bien qu'aujourd'hui, j'avoue être très partagé...
Pour étayer ma reflexion, je suis parti du problème de l'huile de palme, mais j'aurais tout aussi bien pu choisir le désastre de la mer d'Aral, ou encore le mode alimentaire occidental, et
notamment la consommation de viande qui peu à peu devient universelle, et qui bouleverse l'équilibre alimentaire planétaire.
Le palmier à huile est devenu en quelques années la première source d'huile végétale dans le monde. Aujourd'hui, elle est présente dans un produit sur dix et il est quasiment impossible de ne pas
en consommer. Elle est en effet présente dans les biscuits, la margarine, les chips, la pate à tartiner, les soupes... On la trouve aussi dans la peinture, dans les cosmétiques, et dans bien
d'autres produits... Sans compter qu'elle peut aussi être brûlée dans nos moteurs d'automobiles.

Et la raison de cet engouement est toute simple : Son rendement à l'hectare est dix fois supérieur au soja et 4 fois celui du colza. 100 kg de fruit produisent 22 kg d'huile... Mais
contrairement au soja et au colza, qui peuvent être cultivés à peu près partout, y compris en Europe, le palmier à huile doit disposer d'une forte hygrométrie et d'une température d'au moins 26°.
Conditions qu'on ne trouve que dans l'hémisphère sud, en Asie, Afrique ou Amérique Latine. Exactement là où on retrouve les problème de nutrition et d'alimentation. Exactement là où les
cultures vivirères devraient être privilégiées. Mais non content de remplacer ces cultures vivrières, le palmier à huile remplace un peu plus chaque année la forêt équatoriale. De
façon dramatique.
Vous avez sûrement entendu parler des graves problèmes écologiques qu'entraine la déforestation massive en Malaisie, en Indonésie, à Bornéo, Sumatra et plus largement, dans toute l'Asie du
sud-est. Déforestation par le feu, en vue de planter des palmiers afin d'en extraire l'huile de palme.
En effet, l'extrême rentabilité de ce nouvel or vert a poussé les producteurs et les différents gouvernements locaux à une politique visant à remplacer la forêt équatoriale par de
vastes étendues couvertes de palmiers. La déforestation a non seulement bouleversé tout l'écosystème, en entrainant la disparition de centaines d'espèces animales, mais a hissé l'Indonésie au
troisième rang des pays producteurs d'émission de carbone, juste derrière les Etats Unis et la Chine, à cause de ces feux de forêt allumés intentionnellement.

La première réaction, et qui fut la mienne, est de se révolter et de s'insurger contre cette déforestation, contre ces rejets massifs de CO2, et contre cette culture qui peu à peu supplante les
cultures qui constituaient l'alimentation principale des populations. La bien pensante écologie et le non moins salutaire développement durable nous poussent à condamner ces pays, qui, au plus
grand mépris de l'environnement, se développent de façon anarchique et irraisonnée.
Comment ça, les chinois, africains et indonésiens détruisent NOTRE planète ?
Mais quelle honte !!! De quel droit exterminent-ils ces espèces rares et protégées que nos chers enfants ne pourront plus admirer ? Quel prix exhorbitant à payer pour une croissance à deux
chiffres et un développement économique accéléré !!! Mais pourquoi ne continuent t-ils pas à vivre comme nous vivions au 18 ème siècle ?
Et c'est vrai qu'il est très facile de critiquer, tranquillement installés dans notre canapé, devant notre écran plat produit à Taiwan, connectés en permanence à Internet, habillés de pied en
cape made in China, avec notre chaudière qui ronronne doucement et qui nous apporte le doux confort moderne et occidental... C'est vrai qu'il semble naturel pour nous de fustiger ces gens
qui polluent sans vergogne, alors qu'avec nos automobiles munies de filtres à particules, nos produits recyclables, nos poubelles vertes, notre éco-citoyenneté déclinée à tous les temps, nous
faisons plein d'efforts pour préserver le futur de NOS enfants...
Oui, mais les autres hommes, qui ne vivent pas en Occident, doivent-ils renoncer à ce confort pour que nous puissions continuer à en jouir ? Doivent-ils regarder le progrès de loin, et
vivre comme nous vivions avant notre révolution industrielle, pour que notre planète n'en subisse pas les conséquences ? Peut-on reprocher au enfants chinois d'aimer le lait et d'avoir envie d'en
consommer ?
L'arrivée du développement dans ces pays augmente considérablement le niveau de vie de leurs populations, qui s'il reste misérable par rapport au notre, leur permet souvent d'accéder à un certain
mieux être...
Entendons nous bien, je ne prêche pas pour l'exploitation de ces gens, car ils sont souvent exploités... Mais sachant qu'ils n'avaient rien avant, le peu qui leur est donné est énorme pour eux.
Alors imaginez s'ils étaient payés correctement...
Yann Arthus Bertrand, qui a rencontré au cours d'un des ses derniers voyages, un employé d'une plantation de palmiers à huile, a rapporté la conversation qu'il avait eu avec celui-ci. Et cet
homme, qui n'était qu'un pauvre paysan avant l'arrivée de la plantation, disposait à présent d'un 4x4 japonais et d'une télévision à écran plat dans sa paillotte... "Pour moi, cette plantation
est une bénédiction..!! " lui confiait-il...
Alors oui, on peut effectivement très bien vivre sans 4x4 et sans écran plat.
C'est évident...
Enfin, surtout pour les autres...