De tout et de rien, des mots, des images, je n'ose pas dire des idées.....
La rumeur court. Le Minitel, une originalité franco-française serait de retour.
Un poisson d'avril ? Une plaisanterie de mauvais goût ? L'idée fumeuse d'un as du marketing de France Telecom qui aurait vécu ces 25 dernières années sur une île déserte ? Ou d'Hibernatus qui
sort de son congélateur ?
Je vous rassure un peu tout de même, il ne s'agit pas de ces superbes engins de couleur marron-caca, d'une lenteur de gastéropode, et d'un coût d'utilisation rédhibitoire...
Non, les nouveaux Minitels sont munis d'écrans plats haute définition, de processeurs Dual Core, de 4 Go de ram et de disques durs de 160 à 500 Go... En fait, vous possédez déjà ce Minitel d'un
nouveau type, puisqu'il s'agit de votre ordinateur !!!
Le Minitel, c'était un réseau en étoile, totalement centralisé, avec un gros système de serveurs centraux possédant les données et l'intelligence ( enfin, celle de l'époque !!! ) et des
terminaux basiques, en périphérie, simples outils de connection, sans données à l'intérieur.
Au contraire, Internet, à son origine, c'était exactement l'inverse : Plein d'ordinateurs, possédant les données et l'intelligence, disposés en périphérie et reliés directement entre eux
par un système de routeurs, sortes de tuyaux et d'aiguillages, sans la moindre donnée et sans aucune capacité de calcul...
On pouvait directement accéder à la machine que l'on souhaitait, et c'est ainsi qu'est née "La Toile", le Web...
Tout n'était qu'un vaste réseau Peer To Peer, de pair à pair, expression qui aujourd'hui fait se dresser les cheveux de pas mal de politiques et de business men des médias, piratage oblige...
Pourtant, cet Internet qu'ils cherchent à domestiquer et à museler, c'était bel et bien ça et pas autre chose.
Aujourd'hui, le réseau maillé tend à disparaitre au profit de monstrueux serveurs qui s'appelent Yahoo, Google, YouTube, Over-Blog ou MSN.... Serveurs qui abritent vos photos de vacances, la
vidéo du baptème de votre petit neveu, votre courrier, votre pédigrée et votre trombine si vous osez aller sur Facebook, votre blog si vous en avez un...
Plus question de Peer To Peer ou d'intelligence périphérique... Nous ne sommes plus dans l'Internet mais de retour de plein pied dans un système de type Minitel...
Ce qui n'est pas sans poser de sérieux problèmes...
Par exemple, si OverBlog disjoncte, ce blog disparait de la toile... Bon débarras, me direz-vous... Je suis bien d'accord !!! Sauf qu'aujourd'hui, indépendamment de tout problème technique, si je
veux "récuperer" mon blog, pour l'héberger chez moi, sur mon ordinateur, je ne peux même pas car les moyens techniques n'existent pas. Et cela me consterne... De plus, si son contenu déplait, il
peut être purement et simplement supprimé...
Plus fort encore, vos petites vidéos publiées sur Dailymotion, ou sur YouTube, servent à ces deux fournisseurs à encaisser des recettes publicitaires sur "votre dos"... NOTRE talent, si tant est
que nous en ayons, LES fait vivre...
Alors oui, me direz-vous, mais c'est tellement pratique, en ces temps de nomadisme effréné, de pouvoir consulter ses mails depuis n'importe quel ordinateur, partout dans le monde...
Certes... Mais il ne faut surtout pas perdre de vue que rien n'est gratuit, et que de toutes manières, cela se fait au détriment de NOTRE liberté, ou plutôt de NOS libertés. Le courrier qui
arrive dans votre boite aux lettres, vous ne le lisez bien qu'à votre retour, non ? Et puis, entre nous, le nomadisme avec Internet et téléphone portable comme fils à la patte, ce n'est plus
vraiment celui des Touaregs ou des Tziganes...!!!
Comme je le disais dans mon article précédent, Internet fait peur.
Si, à une époque désormais révolue, Internet n'était réservé qu'à une frange très limitée de la population, aujourd'hui, tout le monde y a accès.
Et cela inquiète pas mal de monde.
D'abord ceux qui ont un petit business en place, comme les maisons de disques ou les éditeurs de DVD.
Ensuite, la classe politique, qui était habituée à diriger sans trop consulter. Ces gens là préfèrent un peuple pas trop informé et qui se tait. Il n'y a qu'à voir quelle considération ces
messieurs ont du public dans les réunions de Conseils Municipaux, Généraux ou Régionaux... Ils sont d'accord pour communiquer avec vous par ce biais, mais seulement dans le sens descendant... Si
vous faites "remonter" de l'information, ça les énerve un peu...
Enfin, il y a les fournisseurs d'accès, et les sites incontournables du Net, dont j'ai déjà parlé, et qui aimeraient bien un Internet à péage avec un contenu sous contrôle et des
rémunérations bien cadrées et surtout les plus rentables possible.
Il y a 15 ans, Microsoft avait tenté de lancer et de rendre universel Microsoft Network, l'ancètre de MSN... Ce fut un flop complet, les acteurs de l'Internet étant encore ceux des débuts et
demeuraient hostiles à cette tentative d'appropriation, de main mise sur le réseau... Aujourd'hui, peu à peu, le rêve de Bilou est en train de prendre corps, et s'il n'est plus aux commandes,
même si Microsoft n'est plus le seul acteur, ceux qui l'ont remplacé poursuivent le même objectif...

On nous rebat les oreilles avec l'Internet 2.0, au sein duquel la participation de tous serait primordiale et dans lequel chacun deviendrait un fournisseur de contenu. Sauf que la configuration
de plus en plus centralisée d'Internet va à l'encontre de ce mouvement. Et que notre contenu ne les intéresse qu'à condition qu'ils nous fournissent le contenant, et surtout que nous payons
le prix fort pour le tire-bouchon...!!!
Il n'y a qu'à voir la querelle entre Wikipédia et Google et leurs approches diamétralement opposées... En fait, c'est plutôt Minitel 2.0 qu'on nous propose...
Fournir du contenu oui, mais pas n'importe lequel. Ce que tout ce joli petit monde désire, c'est du contenu consensuel, bien propre, qui ratisse large et qui soit monayable par de la
publicité. Et surtout, du contenu hébergé sur leurs serveurs, contenu qu'on rendra ou non accessible, qui sera gratuit ou payant, et qui désormais leur appartiendra. D'ailleurs, les conditions
générales d'utilisation de ces sites sont sans équivoque à ce sujet...
De plus, cette centralisation n'est pas sans poser le problème de la sécurité des données. Sécurité contre la malveillance, mais aussi contre l'altération. imaginez un incendie chez Google et
adieu vos photos de vacances si vous ne les avez pas conservées chez vous. Imaginez la survenue du Big One, ce fameux temblement de terre californien que tout le monde redoute et adieu l'accès à
de nombreux sites durant de nombreuses semaines... Alors que si certaines données sont disponibles à plusieurs endroits simultanément, comme l'exigent les principes du Peer To Peer, un ordinateur
pourra partir en fumée, il en restera pas mal d'autres pour prendre le relais...
Comment, ça ne peut pas arriver ? C'est ce que croyaient les égyptiens lorsque la bibliothèque d'Alexandrie, et ses 700 000 livres, ont brûlé... Enfin, et c'est loin d'être négligeable,
cette multiplication des données permet d'éviter leur transformation au fil du temps et garanti leur pérénité.
Est-il possible d'inverser cette tendance ? Difficile de le dire à l'heure actuelle.
Le principe technique retenu en France et ailleurs pour l'Internet prèche pour une réponse négative. En effet, le A de ADSL signifie Asymétrique.
Car les débits sont asymétriques : Les serveurs de Dailymotion ou de MSN peuvent "gaver" votre ordinateur a la vitesse de 15, ou 20 mégabits par seconde. Mais vous ne pouvez pas faire l'inverse,
c'est à dire envoyer sur le réseau à une telle vitesse. Vous serez limités à une vitesse 10 à 15 fois moindre. Ce aura pour conséquence de rendre votre site hébergé sur votre ordinateur
passablement lent...

Pourquoi un tel choix technique a t-il été fait ? Parce que les ingénieurs de l'époque, aidés en cela par les gens du marketing, ont considéré que ces pauvres ploucs d'internautes n'auraient rien
à dire et donc n'avaient pas besoin de débit montant... Et par la force des choses, les consommateurs ont dû s'adapter.
En économie, le client n'a jamais fait le marché, contrairement à ce qu'on croit... Le client ne peut jamais acheter que ce qu'on lui propose...
Il ne nous reste plus qu'à nous réapproprier notre bien, nos médias et notre culture.
Réhébergeons nous !